Le Made in Bénin, quand la fierté rayonne
Et si le prochain grand nom de la mode africaine se dessinait au Bénin ? En passant du coton brut au vêtement fini, le pays transforme une ressource historique en un levier de création et d’identité, mêlant héritage culturel, savoir-faire textile et ambition internationale.
Par Séverine
Petit pays longiligne, coincé entre deux géants - le Nigeria et le Ghana - le Bénin cultive son histoire, exposant ses blessures, mais se projetant avidement dans une réparation positive. Hier, il rapatriait les œuvres d’art pillées dans le palais du roi du Dahomey ; demain, il inaugurera le musée international du Vodoun. Aujourd’hui, il prend la main sur sa filière textile : le coton n’est plus une simple matière première qu’il exporte, mais un produit fini.
En 2023, les premiers cartons de vêtements Made in Bénin quittent la zone économique de Glo-Djigbé (GDIZ) pour les Etats-Unis. Situé à quarante kilomètres de Cotonou, et implanté sur 1640 hectares, ce site est la vitrine du développement économique du Bénin. Reconnue comme la meilleure zone industrielle d’Afrique en 2025, GDIZ est composée d’usines écologiques, très compétitives. Le coton y est récolté localement pour être traité sur place, de la transformation de la fibre, à la fabrication puis teinture du tissu, avant de servir à la confection. Ici, le sourcing durable et la transparence des chaînes de fabrication obéissent à des normes environnementales et sociales alignées sur les réglementations internationales. On peut y arpenter des allées interminables où se succèdent des machines automatisées, au rythme stakhanoviste, tandis qu’une armada de jeunes formés aux métiers du textile, travaillent à la chaîne. Fiers d’œuvrer pour leur pays et sa place de challenger en Afrique.
Le défi du 100 % Made in Bénin est ambitieux. La révolution textile est en marche pour concurrencer le Bangladesh, le Pakistan ou l’Inde, avec des produits de qualité et d’importants volumes pouvant aller jusqu’à la transformation de 40 000 tonnes de fibres de coton par an.
La nation a donc pris le virage industriel de l’"or blanc", et comme la culture n’est jamais très loin, elle accompagne parallèlement les talents émergents de la mode. Depuis bientôt 3 ans, l’agence de développement étatique Sèmè City a lancé un programme d’incubation (Fashion Led by Youth) en partenariat avec Institut Français de la Mode à Paris. Vecteur d’identité nationale, la mode béninoise y revisite les traditions pour les décliner dans des usages contemporains. Le streetwear africain y fait son apparition, bousculant les motifs brodés empruntés aux rites vodoun ou au palais du roi du Dahomey, et perpétuant le lien entre les hommes et les divinités.
S’il revendique une mémoire, le Bénin la transmute ainsi en acte de souveraineté puissant. Les déportations d’autrefois commençaient à l’actuelle Porte du Non-Retour de Ouidah, cette position géographique constitue désormais un atout stratégique pour atteindre les marchés occidentaux et faire basculer l’Histoire…