La spirale infernale qui chiffonne.
Avec Shein, la mode change de dimension : plus de vêtements, plus vite, moins cher. Mais derrière le rouleau compresseur de l’ultra-fashion, une question revient avec insistance : peut-on encore parler de succès lorsqu’un modèle repose sur une telle accélération de la consommation et de ses impacts ?
Par Séverine
Une coalition inédite réunissant 12 fédérations professionnelles et une centaine d’enseignes vient d’engager une action judiciaire contre Shein pour concurrence déloyale. La plainte dénonce un modèle fondé sur le contournement systématique des règles appliquées aux acteurs français : fiscalité, sécurité, conformité, transparence… La riposte s’organise !
En quelques années seulement, le géant de l’ultra-fashion chinois a taillé des croupières à tous ses concurrents de la mode dite rapide.
Fin 2023, Reuters avait déjà quantifié cette déferlante : Zara et H&M déjà connus pour la rotation permanente de leurs collections de vêtements mettaient respectivement sur le marché 40 000 et 23 000 nouvelles références par an. Un seuil pulvérisé par Shein qui en revendique … 1,5 million ! La stratégie ? Un implacable rouleau compresseur industriel défiant toute concurrence et accélérant la surconsommation.
Problème : les articles de Shein sont de piètre qualité. Plus de 75% d’entre eux sont composés de polyester, l’une des fibres textiles plastiques les moins chères du marché. Or, un vêtement en fibre synthétique, durant son cycle de vie, libère (notamment lors du lavage) des microparticules de plastique dans l’environnement.
Plusieurs ONG estiment que 16 à 35% des microplastiques primaires trouvés dans les océans pourraient provenir de nos garde-robes. Des microplastiques qui s’accumulent dans les milieux marins et qui s’immiscent dans la chaîne alimentaire, pour finir dans nos assiettes. Une pièce fabriquée par Shein pollue deux à six fois plus qu’une pièce basée sur un modèle « plus éthique ».
Mais ce n’est pas tout. Très vite usés car mal confectionnés, les vêtements Shein finissent soit à la poubelle où ils seront incinérés avec des émissions de gaz à effet de serre conséquentes, soit dans les bacs collecteurs qui ne savent que faire de ces pièces inexploitables pour être recyclées. Sans oublier la consommation de ressources naturelles, énergétiques et humaines en amont.
Pourtant, certains acteurs continuent à pactiser avec ce mastodonte : Pimkie dispose par exemple d’un espace de vente sur la plateforme Shein. La marque a été exclue de sa fédération professionnelle. Plus récemment, le BHV Marais à Paris a déclenché un tollé en leur accordant plus de 1000 m² de corner. Plusieurs marques comme Agnès B, Paraboot, Armor-Lux et le Slip Français ont alors plié bagage tandis que la Banque des Territoires a rompu son contrat d’investissement avec l’enseigne.
Si ce qui fait bouger les lignes aujourd’hui, ce sont les conséquences économiques brutales, ne perdons pas également de vue que chaque article acheté alimente une spirale bien plus vaste : pollution des océans, émissions de gaz à effet de serre, exploitation des ressources et conditions de travail dégradées. Comment, en tant qu’acteurs et consommateurs, pouvons‑nous intégrer cette dimension dans nos décisions ?