Pour un milliard de dollars, George Lucas fait entrer le storytelling au musée
Pour un milliard de dollars, George Lucas fait entrer le storytelling au musée. Cette semaine, le musée de l’Art narratif de George Lucas a ouvert ses portes à Los Angeles. Une heureuse consécration après les 17 années de parcours chaotique pour trouver un lieu d’accueil et concrétiser une idée folle.
Par l'équipe des Pointures
Beaucoup ont commenté l’obstination du réalisateur « habitué à faire l’impossible » mais éprouvé par ce projet. D’autres se sont émerveillés devant l’architecture de ce gigantesque ovni blanc, dont la forme organique tranche avec la raideur des tours. Certains ont souligné son rôle majeur à l’aube des Jeux Olympiques de 2028. Il en est même qui ont commenté, lors de la présentation à la presse, le contraste savoureux entre un George Lucas au tee-shirt d’éternel adolescent et sa femme Mellody Hobson élégante comme la femme d’affaires qu’elle est.
Le storytelling, art de la narration, est partout, de l’anecdote en apparence futile, à la raison d’être de ce sanctuaire destiné à célébrer le talent de conteurs, magiciens de la plume et du pinceau. Le musée tisse en effet des récits pluriels où Enki Bilal croise les routes de Frida Kahlo et Dark Vador. Chez George Lucas, la collectionnite se partage dans le dialogue et le refus de la hiérarchie.
Les narrations sont innombrables - plus de 40 000 objets - mais elles donnent corps aux histoires qui peuplent nos inconscients, pour ordonner le monde qui nous entoure. L’esprit novateur du musée est bien là : actionner l’hémisphère droit du cerveau et privilégier les analogies, symboles, images pour parler à tous et embarquer chacun dans une quête de sens qui se nourrit du réenchantement et d’un imaginaire fertilisé.
Une partie du discours de George Lucas à la presse a peu retenu l’attention. Il y rend pourtant hommage à un art fédérateur, résolument collectif, qui rassemble autour de croyances communes, des êtres qui œuvrent à l'accomplissement d’un projet ambitieux.
Dans son encyclique sur l’IA, « Magnifique humanité », le pape exhume l’histoire biblique de Néhémie qui reconstruisit Jérusalem en appelant chacun à contribuer à sa mesure, suivant ses talents. « Temple de l'art du peuple » pour George Lucas ; « Maison commune » pour Léon XIV. Les récits d’autrefois continuent d’éclairer le présent de nos métaphores.
Derrière le projet monumental de George Lucas se cache donc la vision d’un génial entrepreneur passé maître dans la narration. Il nous rappelle que toute entreprise doit mobiliser intuition, imagination, goût du risque et de la nouveauté. Qu’un projet ne conquiert son envergure que s’il se déploie dans l’esprit puissant du collectif. Qu’une histoire n’existe que pour impressionner son audience et rebâtir inlassablement et patiemment un monde humain.